Chris Wolstenholme – Faster Louder – 1er juin 2015

Chris a été interviewé lundi dernier par David Swan pour Faster Louder.

« Nous n’avons jamais été un groupe voulant exhorter les gens à faire telle ou telle chose. »

Chris Wolstenholme de Muse a parlé avec David Swan de ‘Drones’, de la collaboration avec Shania Twain et Mutt Lange, le producteur d’AC/DC, ainsi que les projets (ou le manque de projets) du groupe pour la tournée australienne.
Pour un type qui est en passe de révéler un album à ce point engagé sur le plan politique, le bassiste Chris Wolstenholme est résolument apolitique. Il est clair que l’album qui porte un regard implacable sur un avenir rempli de drones tueurs et de puissants dictateurs est le bébé de Matt Bellamy, alors que Chris Wolstenholme prend un peu de distance après avoir composé et chanté deux chansons en 2012 sur l’album ‘The 2nd Law’.
Pour le septième album, Muse, les géants du rock, ont décidé de faire la chose la plus non-Musesque possible : s’éloigner de la grandiloquence et « revenir aux sources ». Dans un album qui contient toujours des solos de guitare énergiques, des envolées en falsetto de Matt Bellamy, le tout entrecoupé de passages glam-rock, Muse met de côté les symphonies orchestrales et les expérimentations dubstep sur ‘Drones’ pour produire une dizaine de chansons rock et explicites à propos de la guerre des drones. Il s’agit d’un album-concept, mais un album-concept simple et ciblé.

David Swan : Après une carrière de sept albums, comment faites-vous pour que les choses restent toujours intéressantes sur un nouvel album ?

Chris Wolstenholme : Je pense que le plus important avec cet album, c’est que nous sommes entrés en studio avec une idée précise de ce que nous voulions faire. Je ne suis pas sûr que cela se soit passé comme ça pour les deux derniers albums. Nous avons produit les deux derniers albums par nous-mêmes. Toutes les chansons étaient écrites, mais nous sommes entrés en studio assez ouverts d’esprits quant à la façon dont nous allions produire les chansons. En particulier avec ‘The 2nd Law’, je pense que nous avons fini par obtenir un super album mais avec beaucoup de variations et de techniques de production différentes, presque comme une compilation ou ce genre de chose. C’est ce qu’on ressentait. Au contraire, cette fois-ci nous voulions un album avec un récit et un concept très précis, mais aussi en termes de son, nous souhaitions nous détacher de certaines influences musicales qui se sont glissées au fil des années. Les mettre de côté ou les atténuer, et nous focaliser sur le trio de trois instruments. Un peu comme au début, en fait.

D.S : L’album est présenté comme un retour aux sources, mais vous avez fait entrer Mutt Lange (Nickelback, Maroon 5, Bryan Adams) pour co-produire l’album, après avoir produit le dernier vous-mêmes. En quoi cela vous a-t-il aidé à revenir aux sources ?

C.W : Je pense que quand nous allons en studio en groupe, tout seuls, notre réaction naturelle est d’expérimenter sans cesse. Parfois c’est une bonne chose, parfois c’est un frein. Je pense que c’est ce que nous avons fait pour les deux derniers albums, nous sommes allés tout seuls en studio, nous avons tourné en rond et essayé plein de trucs différents. Nous voulions simplement être sûrs d’avoir quelqu’un qui puisse nous garder sur les rails un petit peu. Quelqu’un qui veille à ce que nous ne nous éloignions pas trop de nos idées de départ, en termes de son. C’est tellement facile, vous savez. C’est tellement facile de démarrer avec une idée et puis finir avec quelque chose de complètement différent. Parfois ça donne quelque chose de mieux, parfois c’est pire. Vous ne savez pas. Je pense que cette fois-ci nous voulions avoir l’avis de quelqu’un d’autre, quelqu’un qui essaye de nous garder concentrés, ce qui a été évidemment le cas de Mutt Langue, son palmarès est phénoménal. Il n’y a pas beaucoup de producteurs et de compositeurs qui aient autant de succès que lui. C’était génial de travailler avec lui, c’est vraiment un gars adorable et c’était très sympa de l’avoir en studio.

D.S : Il y a marqué dans le générique « musique, paroles et dialogue par Matt Bellamy ». Est-ce que cet album tient principalement de lui ?

C.W : La composition a été entièrement l’œuvre de Matt. Il avait une idée très précise par rapport à ce qu’il écrivait pour cet album, et beaucoup de gens ont remarqué que j’avais écrit quelques chansons sur le dernier album, et ils se demandent pourquoi je ne l’ai pas fait cette fois-ci. Je crois que c’était un petit peu comme écrire un chapitre pour le livre de quelqu’un d’autre. Je ne voulais pas vraiment interrompre le cours de l’album. Je pense que le concept de l’album est génial, et cela aurait été assez difficile pour moi d’essayer d’écrire sur le concept de quelque d’autre. C’est une chose que je n’ai jamais vraiment faite. Cette fois on a senti que cela n’était pas vraiment nécessaire. Comme sur les albums précédents, vous n’avez pas forcément besoin de composer pour pouvoir influer sur le son de l’album. Je pense que la façon dont nous jouons, Dom [le batteur] et moi, a eu une très grande influence sur le son de Muse, et aussi sur les arrangements. Bien que Matt se charge des couplets, des refrains et tout ça, nous nous réunissons assez souvent pour donner notre avis, comment on devrait faire les choses, l’organisation des différentes parties instrumentales par exemple, ou l’acoustique. Dom et moi-même avons toujours contribué à ces choses-là, et donc nous avons une grande influence sur le rendu final.

D.S : Pour parler du récit, aucun personnage n’a de nom, il s’agit au contraire d’un concept très vaste. Avez-vous pensé un instant à être plus spécifiques, par exemple en impliquant des personnes ?

C.W : Je pense que c’est bien de laisser le soin aux auditeurs d’imaginer et de se forger une idée. Nous n’avons jamais été un groupe voulant exhorter les gens à faire telle ou telle chose. Nous ne voulons pas sermonner les gens et dire à tout le monde à quel point le monde est pourri, et ce que nous devrions tous faire pour que cela change. Je pense que l’on peut facilement constater cela. Mais selon moi, vous pouvez voir l’album de deux manières. Pour moi, personnellement, comme je n’ai pas écrit les paroles, j’ai presque l’impression parfois de les écouter comme un fan. Je les interprète peut-être d’une façon complètement différente de Matt. Vous pouvez les aborder d’un point de vue très littéral. Vous pouvez les lier directement aux drones de guerre. Personnellement, j’aime vraiment la perspective du manque d’empathie. Le développement de la technologie et la manière dont nous nous déconnectons les uns des autres, à cause de la technologie. Cela nous transforme davantage en drones et nous a changés en des personnes sans empathie, qui peuvent prendre des décisions sans ressentir aucun remords.

D.S : En tant que groupe, voulez-vous militer ou faire changer les choses en sortant un tel album, ou est-ce simplement un fil directeur ?

C.W : Nous voulions juste un fil directeur pour l’album, nous ne sommes pas politiquement engagés, nous ne sommes pas des activistes. Nous n’essayons pas de changer le monde. En fin de compte c’est une forme d’expression, et je pense que Matt voulait exprimer ce qu’il avait sur le cœur sur cet album. Certaines choses peuvent être générales, d’autres peuvent être personnelles. Il n’y a que lui qui peut vraiment répondre. Mais nous n’essayons pas de changer le monde, nous n’essayons pas de dire aux gens ce qu’ils doivent faire ou ce qu’ils doivent penser. C’est une observation, vous savez.

D.S : Avez-vous un morceau favori ?

C.W : J’aime vraiment ‘The Handler’. Je pense que c’est un de mes préférés. Je trouve que cela nous représente vraiment en tant que trio. Il n’y a pas grand-chose d’autre à part nous, je pense que c’est la première chanson que nous avons enregistrée depuis longtemps qui vous donne l’impression qu’il n’y a que nous trois dans une pièce, à fond sur nos instruments. J’aime ce sentiment. Et puis aussi ‘The Globalist’. Je pense que ‘The Globalist’ est un super morceau.

D.S : Est-ce que vous prenez en compte l’Australie dans vos projets de tournée pour cet album ?

C.W : Nous organisons tout le programme de la tournée en ce moment. Nous commençons par l’Europe, avec des festivals européens, puis nous mettons le cap sur les États-Unis où nous ferons quelques concerts en salles. Je pense qu’en début d’année prochaine nous serons de retour en Europe pour des concerts en salles. Après ça, il nous reste encore beaucoup d’endroits où aller. Nous sommes allés en Australie pour chaque album jusqu’à maintenant, donc je suis sûr que nous reviendrons, certainement.

D.S : Y a-t-il de nouveaux groupes britanniques auxquels vous vous intéressez en ce moment ?

C.W : Je connais assez mal la musique anglaise, pour être honnête. Je trouve que c’est vraiment assez difficile de trouver de nouveaux groupes. J’ai l’impression que toute cette nouvelle façon d’écouter de la musique… c’est trop. [rires] La plupart du temps, je ne sais pas par où commencer. J’allume Spotify ou je vais sur iTunes en pensant trouver un nouveau groupe que je vais beaucoup aimer, et puis je ne sais simplement pas par où commencer. Mais il y a un très bon duo originaire du Devon avec qui j’ai un peu travaillé l’année dernière, en produisant quelques chansons pour eux. Ils s’appellent Moriaty, c’est un groupe de blues assez heavy que j’apprécie beaucoup.

 

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