Dominic Howard – The San Diego Union-Tribune – 6 janvier 2016

Interviewé par George Varga pour le quotidien américain The San Diego Union-Tribune, Dominic Howard nous annonce que le groupe pourrait abandonner le format d’album traditionnel pour les prochaines années.

En plus de ces informations pour le moins inattendues, Dominic évoque l’album Drones, la façon dont Muse a très tôt construit son jeu, l’étiquette musicale que l’on pourrait donner au groupe, et enfin quelques anecdotes sur la tournée de The Resistance.

« Muse pourrait avoir fait son dernier album », révèle le batteur du groupe.

Drones, l’album-concept du trio britannique nominé aux Grammys pourrait être le dernier, a déclaré le batteur Dominic Howard, qui sera présent jeudi lors du concert de Muse au Valley View Casino Center.

Muse’s seventh album, “Drones,” earned a Grammy Award nomination last month.

Le groupe Muse aurait-il atteint la fin d’une période avec son septième album Drones, nominé le mois dernier aux Grammy Awards dans la catégorie Meilleur Album Rock ?

Après 22 ans d’activité, le groupe britannique mondialement connu, alliant rock grandiose et néo-progressif, va-t-il laisser de côté les albums au profit de, eh bien, quelque chose d’autre ? C’est-à-dire, au profit de quelque chose qui correspondrait davantage aux nombreux fans de musique qui téléchargent leurs chansons préférées en n’accordant que peu d’importance aux albums, qui sont au contraire des œuvres à part entière, avec un arc à la fois musical et sentimental ?

« Nous savons bien que désormais, les gens écoutent de la musique en sélectionnant des chansons séparément, et quand nous avons décidé de sortir notre album Drones, nous ne voulions pas nécessairement aller contre ce principe. Mais je pense que nous pensions que cela pourrait être notre dernière chance de faire un album, et c’est pourquoi nous l’avons fait. »

C’est ce que nous dit le batteur Dominic Howard, 38 ans, qui a fondé Muse en 1994 aux côtés du chanteur/guitariste/claviériste Matt Bellamy et du bassiste/chanteur Chris Wolstenholme. Le groupe, accompagné du claviériste Morgan Nicholls, donnera un concert jeudi soir au Valley View Casino Center (anciennement connu sous le nom de San Diego Sports Arena).

« La manière dont les gens écoutent de la musique a radicalement évoluée ces dix dernières années, c’est fou », poursuit Howard. « Et pour moi aussi. Maintenant, je n’écoute certainement plus d’albums d’une seule traite, comme je pouvais le faire avant. Nous nous sommes dit que si nous devions faire un album cette fois-ci, alors nous voulions qu’il soit cohérent du début à la fin. Ça a plus de sens d’écouter un album du début à la fin, plutôt que d’écouter simplement une ou deux chansons.

À présent, nous pouvons avoir accès à tellement de choses que nous avons pensé que cela pourrait être la dernière fois que nous faisions un album, au sens traditionnel du terme. À l’avenir, il est de moins en moins probable que nous fassions quelque chose comme ça. Le monde est très différent. Et la façon dont les gens écoutent de la musique a vraiment changé par rapport à autrefois. Donc cela fait déjà quelques années que nous évoquons la possibilité de ne sortir des morceaux que par petits groupes, ou simplement des singles. »

Si cela est vrai, alors le groupe Muse laisse les albums derrière lui avec fracas.

Avoisinant les 53 minutes d’écoute, Drones est un album-concept follement ambitieux, plein de métaphores sur la guerre et la déshumanisation de l’humanité. C’est le genre de démarche épique et extravagante qui avait davantage marqué les années 1970, âge d’or de Pink Floyd et de Yes.

Sur l’album de 11 pistes figure un orchestre de chambre de 21 instruments, un extrait d’un discours prononcé par le président John F. Kennedy en 1961, et « The Globalist », une chanson inspirée par les « Variations Enigma », composées par le britannique Edward Elgar en 1989. Le livret accompagnant le disque comporte quatre pages de paroles. L’album dénonce également un monde dystopique dans lequel se confrontent les hommes et les machines, à travers onze pages d’illustrations.

Hélas, le groupe ne va pas jouer entièrement l’album en concert.

« Non, nous n’allons pas tout jouer du début à la fin, même si cela aurait pu être sympa », nous dit Howard. « Nous choisissons des morceaux de l’album, dont nous nous servons pour exprimer le fil conducteur de l’album, pour que ce soit étalé sur tout le concert. Il y a beaucoup à dire. »

Même en l’absence du claviériste Nicholls sur la tournée en cours, Muse a toujours envoyé du gros son pour un trio. Howard a insisté sur le fait que cela n’était pas un problème.

« Nous avons délibérément décidé de rester un trio très tôt dans l’histoire du groupe », a-t-il fait remarquer. « Au début, nous pensions que nous n’étions pas assez en n’étant que trois musiciens, et que nous avions absolument besoin d’un autre guitariste ou d’un claviériste. Mais nous avons délibérément décidé de rester un trio et de faire tourner cette faiblesse à notre avantage.

Aussitôt cette décision prise, nous avons commencé à jouer différemment. Nous avons tous les trois intensifié notre travail de musiciens et avons beaucoup misé sur notre créativité pour donner une impression d’intensité et d’énergie. Le fait de se sentir exposé a simplement changé notre manière de jouer. Nous nous sommes efforcés d’avoir un gros son en n’étant seulement que trois musiciens, et cela a vraiment influencé notre jeu. Nous avons toujours eu conscience tous les trois que nous devions être bons musiciens. Je ne crois pas que nous nous soyons jamais dit : ‘Oh, ça ira comme ça. Choisissons la facilité.’ »

En même temps, le batteur a reconnu que le groupe avait très tôt accordé une grande importante à la perfection du son, pour éliminer les sons parasites et toute complexité inutile.

« À présent, nous faisons ce qui correspond à chaque chanson », nous confie Dominic Howard. « Durant les cinq premières années, avant de signer, nous essayions d’être vraiment bons et nous prenions ça très au sérieux. Notre musique était très complexe, et par bien des aspects, bien trop complexe sur le plan technique. Et nous venons d’un milieu qui ne connaissait pas bien la technique musicale. »

Bien sûr, dans le cas de Muse, ce qui correspond à une chanson peut être considéré comme sortant des frontières du rock conventionnel.

Prenez l’exemple de « The 2nd Law: Unsustainable », l’avant-dernier titre du sixième album de Muse sorti en 2012, The 2nd Law. Est-ce bien un Taiko japonais que Dominic Howard utilise sur cette chanson ?

« Bonne question ! Putain, oui ! », a-t-il répondu. « J’ai fait ça aux Air Studios, à Londres, là où nous avons enregistré la plupart de l’album. C’est une vieille église, il y a une pièce immense servant normalement à enregistrer des orchestres ou des programmes de la BBC. Il y a beaucoup d’instruments qui traînent et quelqu’un avait laissé un Taiko. »

Bon nombre de fans de rock progressif de tous âges sont heureux d’affirmer que Muse est des leurs, bien que la musique du groupe aille plus loin que le rock progressif. Certains considèrent qu’il y a presque quelque chose de subversif dans la manière avec laquelle Muse arrive à incorporer des éléments progressifs dans des chansons phénoménales qui ont l’air faites pour les arènes et les stades.

Quoi qu’il en soit, Howard a un peu de mal avec l’étiquette « prog » pour Muse, qui a été en tête d’affiche à la fois du Festival Coachella et du San Diego Street Scene, désormais en sommeil.

« Je ne pense pas que notre groupe se soit jamais cantonné à un style en particulier, nous n’avons jamais fait simplement du rock progressif ou alternatif », nous a-t-il dit. « Nous avons toujours exploré beaucoup de styles différents, du rock progressif à la pop. Nous couvrons beaucoup de terrain, donc je ne me préoccupe pas tellement des étiquettes que l’on pourrait associer au groupe.

Quand on dit ‘rock progressif’, je pense au groupe Rush, mais ce n’est pas le seul. Ça me fait simplement penser à Rush ou à ELO, et notre son ne ressemble pas nécessairement au leur, mais il y a quelques éléments… Nous avons toujours exploré un peu partout. Il n’y a qu’un pas entre le rock progressif, avec lequel vous expérimentez et suivez vos envies, et le fait de brouiller les frontières entre les genres musicaux. Je préfère la dernière approche. »

Cela dit, il y avait quelque chose de très progressif (voire de Spinal Tap) dans les ascenseurs hydrauliques géants sur lesquels les membres de Muse ont joué lors de leur concert à la SDSU Viejas Arena en 2010. Perché près de 10 mètres au-dessus du public, le groupe a donné une performance étourdissante, à plus d’un titre.

« [Les tours] étaient sacrément hautes, effrayantes et bancales », se souvient Dominic Howard. « Elles chancelaient à chaque fois que nous bougions, donc c’était stressant d’être là-haut. Nous avons probablement été bloqués une fois ou deux. Sur cette tournée, nous entrions sur scène du haut de ce qui ressemblait à trois grandes tours. Les rideaux (sur les tours) se bloquaient régulièrement et ne tombaient pas (pile au mauvais moment). J’ai vraiment aimé ça ! Je crois que Matt et Chris étaient plus bancals sur les ascenseurs, étant donné qu’ils étaient debout. »

Howard a rit.

« À la fin de la tournée, on s’est dit : ‘Plus jamais ça !’ »

 

Retrouvez l’interview originale ici.

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