Matthew Bellamy et Dominic Howard – Alt 98.7 – 15 avril 2015

Matthew Bellamy et Dominic Howard ont été interviewés par Andy Harms, pour la radio californienne Alt 98.7.

Andy Harms : Nous sommes dans les studios d’Alt 98.7 avec deux invités très particuliers, Matt et Dom du groupe Muse. Les amis, merci d’être venus ici.

Matthew Bellamy : Merci de nous recevoir. Comment allez-vous ?

A.H : Super. Nous sommes dans une période fascinante, votre tout nouveau disque Drones va sortir le 9 juin. C’est un album avec une histoire compliquée. J’espérais que vous pourriez peut-être d’une certaine manière nous donner plus de détails, même faiblement, sur ce que vous essayez de nous dire.

M.B : Je suis intéressé par ce que les drones représentent, d’un point de vue technologique. Nous sommes à un moment où ces machines commencent à émerger. En grandissant, nous regardions des films comme ‘Terminator 2’ et nous voyions ce genre de choses se produire dans le futur. Mais nous en sommes là, à présent. Donc j’ai simplement pensé que c’était un sujet intéressant sur lequel chanter et parler, sur ce que cela représente pour les êtres humains, leur implication, leurs émotions étant retirées de l’équation. Des choses comme la guerre, tout ça. Donc j’ai pensé que c’était intéressant d’aborder ce sujet sur cet album. Mais bon, vous n’avez pas besoin de savoir cela pour apprécier l’album. Il y a un paquet de bons riffs.

A.H : Absolument ! Mais est-ce que vous appelleriez ça un album concept ?

M.B : Oui, assez. Enfin, je dirai que ce n’est pas un concept strict dans le genre Pink Floyd. C’est plus… Je pense que chaque chanson fonctionne séparément. Mais elles sont articulées autour du concept des drones.

A.H : D’accord. Est-ce le genre de disque où l’histoire est tellement vaste qu’il y a des morceaux en plus qui n’ont pas pu tenir sur un seul album, ou bien est-ce que l’histoire englobe tout l’album ?

M.B : C’est un récit assez vague qui accompagne le voyage d’un protagoniste qui perd tout, qui subit un lavage de cerveau et se fait embrigader par l’armée, et puis qui a l’impression d’avoir perdu son âme. Il finit par la retrouver et par riposter contre ce système qui l’a oppressé. Ce voyage constitue les huit premières chansons de l’album. La fin de l’album est en quelque sorte un épilogue. Ça répond à la question ?

A.H : Oui, ça va, les gars ! Donc oui, super-compliqué…

M.B : Imaginez le parcours d’une personne partant à la guerre, et qui ne sait pas ce pour quoi elle se bat, et qui finit par se rebeller contre ceux qui l’y ont envoyée. C’est ce genre de voyage.

A.H : Diriez-vous que c’est un album pessimiste ?

M.B : Non, je dirais… Le début de l’album est très sombre, vous sentez que cette personne est entraînée par quelque chose contre son gré, mais après il peut y avoir des moments très optimistes. Il y a un morceau, ‘JFK’, pour lequel nous avons utilisé un discours de JFK, qui est très encourageant et positif, à propos de la force de l’esprit humain, et du désir de liberté qui nous habite tous. Après cela, l’album prend essentiellement un tournant très positif. L’album inspire l’idée qu’en tant qu’individus libres, vous pouvez faire s’écrouler d’immenses systèmes des plus complexes. Je pense que c’est le message principal de l’album.

A.H : Est-ce que l’album a un niveau personnel, y a-t-il des choses de vos propres vies que vous avez transmises dans la musique, ou est-ce que tout s’est formé autour de cette histoire spécifique ?

M.B : C’est difficile à dire… Je pense que toutes mes expériences personnelles se retrouvent dans la musique et les paroles. Donc c’est dur pour moi de mettre le doigt sur les raisons qui font que certaines choses me touchent à ce point. Cela prend en compte mon enfance, l’endroit d’où je viens, ce qui s’est passé dans ma vie de famille, l’école, le fait de grandir dans le monde dans lequel nous vivons, les guerres qui ont éclaté ces dernières décennies… Je crois que j’exprime la façon dont l’on se sent dans le monde. Donc la réponse est oui, c’est presque entièrement personnel, mais je le chante à travers ce concept, si vous voulez. Je ne suis pas très doué pour ça, pour des réponses comme ça…

A.H : Non, vous êtes très bon, c’est super intéressant ! C’est agréable de parler à un groupe qui écrit des chansons sur ce type de sujets, à la fois à un niveau politique et à un niveau personnel, comme vous le faites les gars. Pas juste des chansons sur des nanas. Donc c’est sympa.

Avez-vous vu un changement visible dans votre façon de composer depuis que vous êtes père ?

M.B : Je pense que ça a probablement un peu renforcé mon attention vis-à-vis du monde dans lequel nous vivons, dans lequel nos enfants vont grandir. Donc je pense que vous portez un petit peu plus d’attention sur ce genre de choses.

A.H : Bien sûr, c’est tout à fait logique.

Parlons un peu de la production de ce disque, que vous avez enregistré à Vancouver. Pourquoi cette ville ? Très belle, incroyable… Pourquoi avez-vous choisi cet endroit pour réaliser ce disque ?

Dominic Howard : Il y a excellent studio là-bas, ‘Warehouse Studio’. En fait nous avions enregistré la moitié d’une chanson là-bas, pour le film ‘Twilight’, ‘Neutron Star Collision’, une chanson qui n’était sur aucun album. Et c’était vraiment un très bon studio, l’acoustique est très bonne, et nous avons travaillé avec le producteur Mutt Lange, qui connaissait bien l’équipement ainsi que la salle. Donc c’est pourquoi nous sommes venus, ça avait l’air d’être une bonne idée. Et puis il voulait vraiment travailler là-bas.

A.H : Je voudrais parler de l’arrivée de Mutt. C’est la première fois en deux disques que vous avez collaboré avec un producteur venant de l’extérieur. Pourquoi avoir engagé Mutt ? Pourquoi à ce moment précis ?

D.H : Nous avons produit les deux derniers albums par nous-mêmes. Ce qui était très bien. C’était en soi une expérience très instructive. Et pourquoi avons-nous fait ça cette fois-ci ? Nous voulions faire quelque chose de différent. Nous aurions pu recommencer et produire encore une fois cet album par nous-mêmes, mais on s’est dit : « Pourquoi ne pas nous ouvrir un petit peu, pour avoir un avis objectif de quelqu’un d’autre sur ce que nous faisons ? » Ce qui est très bien. Il a apporté des choses géniales à l’album. Nous étions en train de travailler sur l’enregistrement, et ses idées, ses suggestions étaient très appréciées.

A.H : Vous n’avez pas besoin d’être trop précis, mais y a-t-il des thèmes et des impressions générales qu’il a apportés au groupe qui n’auraient pas été là si vous aviez produit l’album par vous-mêmes ?

M.B : Il ne s’est pas impliqué tant que ça au niveau de la direction que prenait le concept de l’album, à part m’aider à me concentrer un peu plus dessus. Il a senti qu’il se passait certaines choses, et il me disait : « Sois un peu plus spécifique, essaie d’être un peu plus direct dans ce que tu voudrais dire. Essaie d’être un peu plus clair. » C’est toujours le problème, parce que j’ai tendance à m’égarer un peu dans le processus créatif. Donc il a fait du bon travail en m’aidant à faire des efforts pour être un peu plus clair, et pour ordonner les chansons en faisant ressortir les éléments narratifs. Il a été très bon pour ça. Mais généralement il prêtait plus d’attention à la musique, à la performance, au son et à l’arrangement.

A.H : Avant d’enregistrer l’album, vous avez donné quelques interviews où vous avez parlé de quoi l’album aurait peut-être l’air. Dans l’une d’entre elles, vous disiez que vous alliez vous éloignez de l’orchestration qui était présente sur les derniers albums. Est-ce que c’est un succès, est-ce que vous avez réussi à revenir à un trio guitare-batterie-basse ?

M.B : Oui, je pense que globalement l’album est très lourdement axé sur la guitare, batterie et basse, plutôt comme un trio. Hum, il y a un morceau à la fin qui sort un peu des rails… (rires) On a presque réussi. Mais je dirais que c’est probablement l’album rock le plus heavy que nous avons fait, en comparaison au moins aux trois derniers.

D.H : La structure, le noyau de l’album est vraiment un travail simplement de batterie, de basse et de guitare. Nous avons simplement improvisé ensemble. Donc il y a bien plus de guitare ici, de bons riffs pour toutes les chansons…

A.H : Une grande partie de l’expérience Muse est de vous voir en live. C’est une production tellement gigantesque. Lorsque vous écrivez et que vous enregistrez ces chansons, gardez-vous en tête les concerts, ce que vous voulez faire et la façon dont vous voulez jouer ces chansons ?

M.B : Oui, bien sûr. C’était également un autre attrait du thème des drones. Nous aimons toujours utiliser les nouvelles technologies dans nos concerts, lorsque nous le pouvons, comme les écrans les plus récents, les lumières, lasers, tout ce qui existe et que nous pouvons utiliser. Les drones seraient évidemment quelque chose de très intéressant que nous tenterons d’inclure dans nos concerts. Donc nous allons essayer de le faire. Ça va être un peu difficile avec la paperasse concernant la santé et la sécurité, vis-à-vis des objets volants… Mais l’idée serait d’utiliser des objets volants dès le début de la tournée.

A.H : Vous avez déjà joué quelques-unes de ces chansons en live, dans de petits concerts au Royaume-Uni. Pour un groupe qui aime les grosses productions, comment c’était de revenir à de plus petits endroits ?

D.H : C’était super, très fun. Nous avons fait un concert à Shepherd’s Bush Empire il y a quelques années, avec 1 500 ou 2 000 ou personnes, et nous n’avions pas joué dans cet endroit depuis très longtemps. Donc cette expérience était tellement géniale, l’énergie est différente dans une salle comme celle-là. Vous pouvez vraiment voir le public. Il n’y a pas de grande production, et il ne s’agit vraiment que de nous, sur la scène, et la musique. On ne s’occupe que de jouer. Nous avons tellement apprécié cela, ce qui est la raison pour laquelle nous avons pensé : « Essayons de faire davantage de choses comme ça à l’avenir. » Donc c’est pourquoi nous avons fait cette tournée. La tournée en elle-même était géniale, la foule était folle… Nous avons joué deux nouvelles chansons, trois lors du dernier concert, et ‘Psycho’, cette chanson qui est sortie et qui a été si bien accueillie. Tout le monde chantait le riff, sautait en l’air… Donc c’était une tournée très très divertissante. Je suis sûr que nous voudrions en faire plus comme celles-là à l’avenir.

A.H : Question suivante, est-ce que vous projetez de faire quelques petits concerts de ce style aux États-Unis ? Je sais que les fans vous attendent.

M.B : Nous pourrions faire quelque chose à Los Angeles. Je ne sais pas vraiment quand, sûrement avant l’été. Nous aimerions pouvoir vivre cela ici aussi. Nous ne prévoyons pas de faire une tournée comme celle-là, mais j’aimerais bien, à un moment ou à un autre.

A.H : La setlist de ces concerts a inclus beaucoup de B-sides et de chansons rarement jouées, que vous n’aviez pas jouées depuis un certain temps. Est-ce une indication sur ce que vous pourriez jouer sur une tournée pour cet album ?

M.B : C’était génial de jouer un paquet de très vieilles chansons, qui étaient demandées depuis un long moment par nos fans les plus inconditionnels. Et nous avons pensé que dans cette petite tournée à travers le Royaume-Uni, nous pourrions saisir l’occasion et tenter de les jouer. Nous avons essayé probablement une dizaine de chansons que nous n’avions pas jouées depuis environ dix ans, et sur celles-là il y en a deux ou trois pour lesquelles je me suis dit : « Ce sont vraiment de bonnes chansons, on devrait les inclure plus souvent dans la setlist. » Donc la réponse est oui. Pas toutes, mais quelques-unes vont apparaître un peu plus souvent.

A.H : Je suis content que vous ayez évoqué les fans inconditionnels. Il y a une communauté entière de forums de discussion, aussi sur Twitter et tout ça. Est-ce que cela vous arrive de lire ce qui se dit à propos du groupe et ce qu’il se passe, et peut-être de voir que les gens veulent que vous jouiez une chanson spécifique, et du coup vous l’incluez dans la setlist ?

M.B : Oui, je jette un coup d’œil occasionnellement. Je pense que lorsque l’on sort quelque chose de nouveau, les jours qui suivent la sortie, j’ai tendance à regarder ce qui se dit, et c’est agréable… Avec des réseaux comme Twitter, vous pouvez voir les gens échanger sur des chansons, donc c’est toujours bien. Et comme ce que vous avez dit sur les choix de setlist… Evidemment, beaucoup de chansons que nous avons jouées lors de cette tournée au Royaume-Uni ont été basées sur quelques commentaires que nous avons lus à propos des chansons que les gens voulaient entendre.

A.H : Donc quel est le programme alors que nous progressons vers la sortie du 9 juin, et ensuite vos projets pour les jours qui suivront la sortie de l’album ?

D.H : Qu’est-ce qu’on fait… J’ai oublié ! Nous allons préparer la tournée. Nous allons commencer à partir en tournée cet été, en faisant des festivals en Europe, ce qui va être super. Donc nous allons préparer ça, répéter… Nous sommes enthousiastes à l’idée de jouer de nouvelles chansons. Nous allons commencer les répétitions dans quelques semaines. Nous avons besoin de maîtriser l’album entier. Mais pour être honnête, je pense que nous pourrions probablement jouer toutes les chansons de l’album. Donc ça va être difficile de ne pas jouer toutes les chansons du nouvel album en concert. Quelques-unes. Je pense que c’est ce que nous voulons. C’est nouveau, c’est passionnant, et nous pouvons jouer ces chansons.

A.H : Bien sûr ! Avez-vous des anecdotes sympas avec Mutt Lange ?

M.B : Eh bien, que puis-je dire… C’est un meneur d’esclaves. Il nous a faits dépasser nos limites. Je n’ai jamais rien vécu de semblable. Un perfectionnisme extreme. Je veux dire, il nous a fait répéter une chanson 35 fois, et lorsque vous vous arrivez à 20 fois, vous n’en pouvez plus. Vous êtes épuisé. Et il continue, continue, continue… Donc c’est une personne très intéressante. Je dirais qu’il est pile poil sur cette limite du génie et de la folie.

A.H : Je suis content que vous ayez évoqué les limites. Est-ce que cela ne vous arrive de dire à un moment : « Je suis Matt Bellamy, je suis dans Muse, j’ai compris, je suis sûr que c’est bon. »

M.B : J’ai essayé ça une fois. J’ai essayé, et il était comme : « J’ai travaillé avec des gens bien, bien plus grands que vous. » Et il avait raison.

A.H : Vous venez juste de réaliser la vidéo de ‘Dead Inside’, et d’après ce que je peux voir, c’était très ‘Mad Max’, beaucoup de poussière…

M.B : Oui, c’est un concept assez simple. Nous avons découvert ces deux grands danseurs… L’un d’entre eux, Will, a remporté une des saisons de ‘So You Think You Can Dance’ et sa partenaire est arrivée deuxième ou troisième. Il réalisent une danse que l’on nomme « Hip-Hop lyrique » et que j’aime beaucoup. C’est un mélange entre la danse contemporaine et le Hip-Hop. On retrouve les émotions de la danse contemporaine mais aussi le tranchant du Hip-Hop. Cela représente un peu le récit de la chanson, un peu improvisé. C’est un concept assez simple.

A.H : Absolument. Sinon, Coachella ?

M.B : Oui, nous y étions.

A.H : Comment c’était ?

M.B : C’était génial, nous avons passé un moment incroyable. J’ai adoré, parce que c’est la première fois depuis longtemps que je vais à un festival en tant que fan, simplement pour regarder. Nous avons joué à tellement de festivals, et ça faisait un moment que je n’avais pas été dans la foule. J’ai été époustouflé par AC/DC, Jack White était exceptionnel aussi.

A.H : Je crois qu’un compliment sur votre concert de la part de Muse est le meilleur compliment que vous pouvez recevoir. Avez-vous rencontré ou vu d’autres personnes ?

D.H : Nous avons vu Tame Impala, qui étaient géniaux. Je suis un grand fan de ce groupe. Également Nero.

M.B : alt-J.

D.H : C’était la première fois que nous les voyions. Oui, AC/DC… Mais Jack White m’a vraiment époustouflé. Je l’avais vu quelques fois dans les différents groupes au sein desquels il a joué, mais je suis toujours époustouflé par son talent de guitariste.

A.H : Partagez-vous son opinion sur le fait de vouloir que la foule délaisse les téléphones portables et apprécie simplement le concert sans l’aspect numérique ?

M.B : Cette idée m’intéresse. D’autant plus que l’album émet l’idée que l’humanité devrait être considérée comme supérieure à la technologie. Donc oui, je soutiens vraiment cette façon de penser. Mais en même temps, je ne suis pas le genre de personne qui peut dire aux gens ce qu’ils doivent faire. Je ne vais pas commencer à dire à la foule comment s’amuser. Les gens font ce qu’ils veulent. Mais en même temps, je pense que ça serait agréable si les gens étaient un peu plus engagés sans prendre de vidéos. Mais je pense qu’ils filment parce qu’ils veulent se souvenir et partager cela avec leurs amis, donc il y a un partage. Donc cela a un bon côté.

A.H : Y a-t-il quelque chose à propos de l’album que je n’ai pas abordé, que je n’aurais pas pu savoir et dont nous devrions parler maintenant ?

M.B : Je ne sais pas, je pense que vous avez tout très bien parcouru… Un large éventail de questions détaillées. Vous avez fait des recherches !

A.H : J’apprécie, merci beaucoup ! Nous ne pourrions pas être plus enthousiastes. Un nouvel album de Muse est un événement, et une tournée va venir ensuite, comme il a été dit, ce qui est aussi un événement. Merci beaucoup d’être ici.

M.B : Merci beaucoup !

D.H : Cheers.

A.H : Matt et Dom du groupe Muse, encore une fois. Le nouvel album s’appelle Drones et sortira le 9 juin.

 

Vous pouvez retrouver l’interview audio ici.

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