Matthew Bellamy – Rolling Stone – 8 mai 2015

Matthew a pu discuter vendredi dernier avec Andy Greene dans le cadre d’une interview pour le magazine américain Rolling Stone.

Zoom sur la frappe ‘Drones’ : Matt Bellamy à propos de l’album-concept

Muse

Muse ont passé ces dernières années à repousser les limites soniques du rock & roll, créant une musique de plus en plus grandiloquente marquée par l’utilisation de symphonies, de choeurs, de synthétiseurs et des sonorités dubstep à la Skrillex, dans le cadre de The 2nd Law en 2012. Mais lorsqu’ils ont commencé à comploter pour Drones, leur septième album aux consonances politiques inspiré par l’utilisation des drones de guerre à travers le monde, le trio a décidé qu’il était temps de radicalement déshabiller les choses.

« Nous avions l’intention de revenir à la façon dont nous faisions de la musique au tout début de notre carrière, quand nous étions davantage un trio rock, avec guitare, basse et batterie. » nous dit Matt Bellamy, le chanteur de Muse.

Bellamy nous dit qu’il est immensément fier des trois derniers albums de Muse, mais les choses échappaient un peu à leur contrôle.

« Nous avons probablement passé plus de temps dans la salle de contrôle, à trafiquer avec des boutons, des synthétiseurs, des ordinateurs et des batteries qu’à jouer ensemble comme un groupe. Quand je me repenche sur les trois derniers albums, nous pouvions jouer de moins en moins de chansons en live. »

Muse ont produit leurs deux derniers albums par eux-mêmes, mais ils ont cette fois-ci décidé d’inclure une personne extérieure.

« Nous voulions passer du temps dans la live room, jouer les chansons. Donc nous devions trouver quelqu’un qui resterait dans la salle de contrôle et qui se chargerait de la plupart de la production. »

Leur équipe de management, composée de Cliff Burnstein et de Peter Mensch, leur ont proposé Robert « Mutt » Lange, connu pour avoir produit ‘Back In Black’ de AC/DC et ‘Hysteria’ de Def Leppard.

« Avant de le rencontrer, je n’en étais pas si sûr. Je ne voulais pas que nous devenions un genre de Top 40. »

Le groupe a pris l’avion jusqu’en Suisse pour rencontrer Lange, qui reste une des figures les plus mystérieuses du rock. Il n’accorde presque jamais d’interviews et est même rarement photographié.

« C’est quelqu’un de très excentrique, très relax. Il a l’air d’une personne qui n’a pas vécu dans les contraintes de société la société normale ou de la vie depuis un très long moment. Vous avez l’impression d’être en compagnie d’une sorte de gourou ou d’un marginal spirituel. »

A leur grande surprise, Lange était incroyablement enthousiaste à l’idée du projet.

« Je croyais que Lange aurait été plus préoccupé par ‘Quel est le single ? Qu’est-ce qui va être un gros hit ?’. En fait il n’était pas du tout comme ça. Il était totalement d’accord avec le concept. C’est le genre de personne qui se met à la place de l’artiste et qui fait ce que l’artiste veut. »

Muse ont enregistré leur trois derniers albums à une courte distance en voiture de l’endroit où vivaient leurs familles, mais cette fois ils ont opté pour Vancouver et Warehouse Studios.

« C’était un sol neutre. Nous sommes tous allés là-bas et nous ne pouvions rien faire d’autre que vivre et faire respirer l’album. »

Ils ont un peu triché en ajoutant du piano et des synthétiseurs sur quelques chansons, mais ils en sont restés à leur engagement de n’utiliser que de la guitare, basse et batterie.

« A partir du moment où vous prenez une guitare, vous vous mesurez aux légendes du rock. C’est pareil avec les batteries et les basses électriques. Vous êtes déjà essentiellement dans un paysage sonore très familier et beaucoup de légendes établies ont enregistré en utilisant ces instruments. »

Un concept sur les aspects déshumanisants de la technologie des drones est cependant un nouveau territoire pour un groupe de rock. L’idée est venue à Bellamy il y a près de deux ans, alors qu’il lisait le livre Predators: The CIA’s Drone War on al Qaeda, par le professeur Brian Glyn Williams, de Dartmouth.

« J’ai été choqué. Je ne savais pas à quel point l’utilisation des drones avait été prolifique. J’ai toujours vu Obama comme quelqu’un d’ouvert et de sympathique. Mais quand vous lisez le livre, vous vous apercevez que la plupart des matins commence par un petit-déjeuner, et puis il se rend au poste de commandement et prend ce qu’ils appellent des ‘décisions de tuer’. Il prend cette décision en se basant sur une longue chaîne de spécialistes du renseignement et qui, comme nous le savons tous, peuvent ne pas être très fiables. »

Le LP démarre avec ‘Dead Inside’.

« Quelque chose de mal arrive à une personne, qui choisit de ne pas le ressentir mais qui devient morte à l’intérieur », nous explique Bellamy. « Et puis elle avance et devient vulnérable face à ces forces sombres et oppressantes, qui sont plus qu’heureuses de tirer profit de personnes comme ça. »

Après le dialogue furieux d’un sergent instructeur, (« your ass belongs to me now! »), l’album devient encore plus sombre avec ‘Psycho’, ‘Mercy’ et ‘Reapers’.

« C’est à propos du fait d’être vaincu par ces forces oppressantes. A mi-chemin de ‘The Handler’, dans les endroits les plus sombres, le protagoniste, ou moi, puisque je chante à la première personne, ressens ce désir de réellement ressentir quelque chose. Il décide ‘Je ne veux pas être utilisé par les autres. Je ne veux pas être contrôlé. Je ne veux pas être une personnes froide, sans sentiments. Je veux vraiment ressentir quelque chose.’ Ainsi prend-on consicence de notre désir de lutter contre les oppresseurs. »

Un discours de JFK de 1961 est joué à mi-chemin, laissé tel quel.

« Il s’adresse à la presse américaine sur la façon dont traiter la montée de communisme. Ce qui est vraiment intéressant, c’est qu’il ne dit jamais le mot ‘Union Soviétique’ et il ne dit jamais le mot ‘communisme’. Il s’exprime simplement de façon générale sur les systèmes oppressifs et la façon dont des gens veulent s’infiltrer et secrètement nous contrôler ou nous dominer en créant ces systèmes bureaucratiques complexes qui asservissent l’humanité d’une façon ou d’une autre. »

Le discours de JFK mène directement à ‘Defector’, ‘Revolt’ et ‘Aftermath’.

« Là, la personne essaie d’encourager les autres à penser par eux-mêmes, à penser librement et indépendamment. Et puis le récit s’achève sur ‘Aftermath’, où la personne est prête à se réengager, et reconnaît l’importance de l’amour humain. »

Cela se termine avec la chanson de 10 minutes ‘Globalist’, qui est un récit indépendant du reste de l’album.

« C’est presque la même histoire, mais qui se finit mal. A la fin, nous sommes hantés par les fantômes des morts inconnus qui ont été tués par des robots, pour qui justice ne sera jamais faite, et nous ne verrons jamais qui ils sont réellement. »

Il est difficile d’imaginer ces chansons étant diffusées à la radio dans le Top 40, mais Muse ont réussi à devenir un groupe-à-stade à travers le monde sans bénéficier des hits à grande diffusion.

« Je suis content de ne pas avoir eu à me reposer sur les méthodes généralisées pour toucher les gens. Je pense que lorsque vous vous reposez trop là-dessus, vous perdez un peu de votre indépendance. Vous devez jouer le jeu et commencer à vous soucier de choses telles que le caractère commercial. »

Muse réservent une tournée mondiale en ce moment, et ils ne prévoient pas d’appliquer l’approche « dénudée » de l’album à leur mise en scène.

« Cela va être probablement encore plus théâtral que tous les concerts que nous avons faits en Amérique du Nord. Je ne veux pas faire trop de promesses, mais nous voulons intégrer des drones dans le concert. Cependant, je ne sais pas ce que l’inspection du travail nous permettra de faire. »

Il est question de jouer l’ensemble de Drones lors d’un concert spécial à un moment donné, mais les concerts habituels vont regrouper des morceaux pris sur l’ensemble de la carrière du groupe.

« Nous voulons intégrer les vieilles chansons aux nouvelles chansons. L’idée est de créer un récit plutôt abstrait, pas nécessairement une histoire spécifique. »

Bon nombre de personnes ont soutenu ces dernières années que l’album en tant que forme artistique était mort, mais Muse espèrent que ce projet prouvera que cette idée est fausse.

« Apple, iTunes et les services de streaming ont facilité l’accès au single. Suite à cela, l’album en tant que collection de chansons a presque perdu son sens. Mais un album qui a un concept, une histoire ou autre prend plus de sens maintenant que jamais. »

 

Vous pouvez retrouver l’article original ici.

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