Matthew Bellamy – Time Out Shanghai – Septembre 2015

Dans cette interview réalisée par Lee Williamson pour Time Out Shanghai, Matthew Bellamy s’étend sur les théories du complot, les coupes de cheveux et la Chine.

muse
Matt Bellamy, le chanteur de Muse, s’est entretenu avec Time Out avant le concert du 21 septembre et nous parle de théories du complot, de ce qui a inspiré le nouvel album et de se teindre les cheveux en rouge.

 

On connaît Muse pour ses mises en scènes spectaculaires. Allez-vous être en mesure d’apporter tout le bazar à Shanghai ?

– Ce sera une version plus simple, la même chose que dans le cadre des festivals. On se concentrera avant tout sur la musique. L’Asie constitue un défi à cause des longues distances. Les concerts sont si loin les uns des autres que cela nécessite parfois de faire transporter le tout par voie maritime et aérienne, alors qu’en Europe ou en Amérique, l’infrastructure est configurée de façon à pouvoir être acheminée en camion pendant la nuit d’une salle à une autre. C’est l’une des raisons pour lesquelles vous ne voyez pas très souvent de grands groupes en Asie, comme U2 par exemple, car ils ne veulent pas vraiment faire une tournée à moins d’avoir leur spectacle complet.

Aimez-vous jouer dans de nouvelles villes ?

– Nous aimons beaucoup jouer dans de nouveaux endroits car cela diffère du parcours traditionnel que les groupes suivent habituellement. Je pense que c’est dû au fait que ça ne marchait pas si bien en Angleterre lorsque nous avons commencé. Nous avions réussi à former une petite fanbase dans le Devon, et je me souviens avoir pensé en arrivant pour la première fois à Londres : « Oui, allons à Londres, on va faire sensation ! » Et nous avons joué au pub Bull & Gate devant deux personnes !

Nous avions compris que notre petite fanbase régionale n’allait pas s’étendre beaucoup plus loin, donc nous nous sommes dit que la prochaine fois que nous irions à Londres, nous emmènerions un bus plein d’amis pour qu’on ait l’air d’avoir plus de fans. Nous sommes revenus à Londres quelques mois plus tard, avons loué un bus et avons emmené cinquante amis avec nous pour remplir une salle quelque part à Camden. Tous ceux qui sont venus ont pensé que nous étions très connus !

Enfin, nous avons vu que ça ne marchait pas tellement, mis à part dans le Devon. Puis nous sommes allés en France et il y avait environ un millier de personnes devant nous et nous sommes dit : « Wow, c’est fou ! » Donc nous avons appris assez tôt à nous éloigner de plus en plus pour trouver un public et un but. Je pense que c’est la raison pour laquelle nous aimons nous rendre encore aujourd’hui dans des endroits assez reculés, des endroits dans lesquels des grands groupes n’iront même pas. Nous avons particulièrement hâte d’aller en Chine, et si ça se passe vraiment bien à Beijing et Shanghai alors nous aimerions bien faire une tournée en Chine un jour – essayer d’être un des premiers groupes à jouer dans plusieurs villes. Une de nos ambitions est de trouver un moyen d’introduire la musique occidentale en Chine.

D’après vous, quelles seront vos impressions de la Chine ?

– Je n’en ai aucune idée. Je ne sais pas du tout à quoi m’attendre. Mais je serais intéressé d’en savoir plus sur les différences culturelles, des choses propres à la Chine. Et j’ai toujours aimé la cuisine chinoise ! J’aurais envie de rencontrer des gens et d’en savoir plus sur leurs centres d’intérêts, et je suis sûr que nous passerons du temps dehors et irons voir le grand fleuve, quel que soit son nom, en tout cas le grand fleuve à Shanghai qui est apparemment magnifique, duquel on peut voir tous les immeubles et tout le reste.

Vous avez beaucoup évoqué les complots mondiaux par le passé. Mais avez-vous déjà entendu des théories farfelues sur vous-même ?

– [rires] Oui ! Un de mes amis habite à San Francisco et il a un site dans le genre de ces « mouvements pour la vérité ». Ça remonte à une époque où j’étais… J’étais plus naïf que maintenant, je croyais qu’on pouvait vraiment changer les choses. Quand j’avais la vingtaine, je m’intéressais assez profondément à quelques sujets en particulier, et je suis devenu ami avec certaines personnes de ce monde-là. Ce type était un de mes amis proches. La dernière fois que je l’ai vu, il était vraiment bizarre avec moi, il se comportait de façon étrange et me posait des questions bizarres. J’ai plus tard demandé à Tom, un autre ami : « Que se passe-t-il avec Steve ? » Et il m’a dit : « Oh, il croit que tu fais partie des Illuminati. » [rires] Je suis allé le voir et je lui ai dit : « Tom me dit que tu penses que je fais partie des Illuminati ? » Et il m’a répondu : « Oui, tu n’arrêtes pas de faire ces signes de la main sur scène. » Il parlait des signes que je fais avec mes mains, comme le « symbole du rock », et il prenait ça pour une preuve comme quoi j’avais été converti par le côté obscur ! Je pensais que j’étais dans ‘Star Wars III’ ou quelque chose du genre ! C’est étrange lorsqu’un de vos amis proches… en fait, ç’a été un tournant décisif pour moi par rapport au monde des complots. Quand un de vos très bons amis commence à se méfier de vous et pense que vous êtes « passé du côté obscur »… C’est une des choses qui m’ont fait réaliser que ce n’était que des conneries, n’est-ce pas ?

Votre nouvel album ‘Drones’ est probablement celui qui est le plus ouvertement politique, mais vous avez dit récemment qu’il était également à moitié autobiographique. En quoi cela ?

– J’ai essayé de créer deux récits en parallèle sur l’album, et tous deux sont métaphoriques. On peut d’un côté y voir le parcours d’un individu qui se bat contre les puissances d’un monde sociopathe, psychopathe, robotique, froid et privé d’émotion. Je suppose que vous pouvez dire que c’est à moitié autobiographique dans le sens où… Dans le monde où je vis  – l’industrie de la musique et les tournées –, vous croisez parfois des personnes abominables.

Mais cela tente aussi d’établir un parallèle avec les rapports des gens à la technologie et la manière dont des choses telles que les drones et les réseaux sociaux influencent notre capacité à interagir les uns avec les autres et effacent notre empathie. Le rôle de l’empathie est constamment dégradé par la technologie. La technologie constitue un assaut direct sur l’empathie humaine car nous créons cette intelligence artificielle qui ne pourra jamais avoir cette empathie humaine. Donc pour faire simple, je pense avoir tenté de faire deux choses en même temps : comment je me suis senti en tant que personne faisant face à ces choses-là, mais peut-être aussi, à plus grande échelle, à ce que cela signifie pour les gens en général.

Et alors, à quelles puissances froides et psychopathes êtes-vous confronté dans votre vie quotidienne ?

– [rires] Je ne sais pas… Quand vous venez d’une petite ville et vous décidez de laisser ça derrière pour explorer le monde, vous vous heurtez à toutes sortes de gens qui essaient de vous exploiter. Et que ce soit dans l’industrie de la musique ou dans le monde des affaire, vous avez à faire à de sacrés… Je ne vais pas donner de noms, mais nous vivons tous dans le même monde, nous savons tous ce qu’il en est. Je suis loin d’être le seul. Nous acceptons tous cette technologie, et je pense que nous devons vraiment réfléchir sur les conséquences qu’elle peut avoir sur l’âme humaine.

Un jour, vous avez teint vos cheveux en rouge. Avez-vous déjà pensé à le refaire ? Ça serait très adéquat par ici.

– Les cheveux rouges en Chine ?

Le rouge est une couleur porte-bonheur en Chine.

– Donc je devrais me teindre les cheveux en rouge pour la Chine ? D’accord ! Vous pourrez vous attribuer tout le mérite, car c’est probablement ce que je vais faire. Oui, la trentaine… c’est probablement la dernière occasion où je pourrai m’en tirer avec ça sans me sentir trop gêné. Donc je pense que je vais essayer. Oui, c’est une bonne idée !

 

Retrouvez l’interview originale ici.

Qu'en pensez-vous ?