Matthew Bellamy – Ticketmaster – Mars 2015

Matthew Bellamy a récemment été interviewé par le magazine Ticketmaster, dans le cadre de la promotion du nouvel album « Drones ».
Voici la transcription de l’article en français.

Le calme avant la tempête

– Matt, où en êtes-vous de l’enregistrement du nouvel album ?
Nous avons presque fini. Nous devons encore mixer quelques chansons et puis ça y est. Ç’a été un travail long et difficile qui avait déjà débuté en 2013 lors de notre dernière tournée mondiale, et qui s’est poursuivi tout au long de l’année dernière. Nous avons essayé de faire un compromis. D’une part, pour enregistrer immédiatement toutes les idées qui nous sont venues en soundcheck et en chambre d’hôtel, et pour écrire de nouvelles chansons de la manière la plus spontanée possible. Et d’autre part, pour ne pas précipiter les choses mais au contraire pour prendre notre temps – peu importe le temps que cela allait prendre. Donc ç’a été à la fois un travail rapide et méticuleux, car il est vrai que les chansons qui sont écrites pendant la tournée sonnent un peu comme ça. Dans cette perspective, c’est bien de prendre un peu de recul et de ralentir un peu le rythme.


– Et à quoi ressemblent les chansons ?

Elles sont complètement différentes par rapport aux deux derniers albums. ’The 2nd Law’ était très électro alors que ’The Resistance’ comportait beaucoup d’éléments progressifs ainsi que de la musique classique. Le nouvel album a un simple et pur son rock avec guitare, batterie et basse. Simplement car nous ne voulions pas nous recopier et refaire deux fois la même chose. Cela serait ennuyant. Et c’est aussi pour moi une façon de me calmer, d’avancer. C’est comme se réveiller après que le rêve qu’ont constitué les derniers albums et se demander : « Que diable s’est-il passé ? », « C’était absolument fou ! » et « Comment en est-on on arrivé là ? » Cela a renforcé notre désir de revenir à nos racines, à nos antécédents musicaux. A l’inverse, cela implique aussi de nous séparer consciencieusement de toutes les choses que nous avons ajoutées et expérimentées sur la période 2009 – 2012, l’électronique, les orchestres et tout ça. Cette fois, nous leur avons dit au-revoir.

– Est-ce que l’idée d’albums concepts, qui vous influençait alors, en fait aussi partie ?
Vous voulez dire, des thèmes super ordonnés qui constituent une sorte de fil d’or liant toutes les chansons ? En effet. C’est de cela dont il s’agit. Je considère simplement que ça en fait partie. J’adore écrire des chansons qui sont connectées et s’entrelacent, qui racontent une histoire et qui se complètent les unes les autres. Je pense que je continuerai avec cette approche, même si en moindre mesure. Parce qu’une fois encore, il y a une poignée de thèmes que j’exploite à tout-bout-de-champ.


– Par exemple ?

L’écologie profonde. Une philosophie écologique et environnementale caractérisée par une vie en harmonie avec la nature. Mais aussi ce que l’on appelle « Empathy Gap » [en anglais]. C’est à propos de cette étrange incapacité humaine d’aller au bout des choses que l’on a décidé de faire. Je trouve cela très intéressant. Ce sont des sujets auxquelles je pense personnellement et que je trouve passionnantes. Tout comme la théorie soutenant que nous nous dirigeons lentement mais sûrement vers une Troisième Guerre Mondiale, à cause de l’intensification du vieux conflit Est-Ouest, mais aussi de la radicalisation de l’Islam, qui s’intensifient d’une manière telle que cela va finir par éclater un de ces jours. Et j’ai incroyablement peur de ce moment car cela va avoir des conséquences désastreuses sur l’humanité toute entière. Mais ce type de sujet n’a rien à voir avec la musique. Ici, c’est quelque chose de simple, de brut et de rock.


– Est-il vrai que vous avez écrit une suite à Citizen Erased ?

(rires) En effet, c’est vrai. Mais je ne sais pas encore si ça va apparaître sur l’album ou non. Parce qu’en fait c’était simplement un test. Je voulais savoir si je serais encore une fois capable d’écrire une chanson dans le style dans notre deuxième album ‘Origin of Symmetry’, ou si cela relèverait quasiment de l’impossible, étant donné que je suis autre part en ce moment. Il s’agissait de nous détacher des choses que nous avons faites récemment et de revenir à quelque chose datant d’il y a longtemps. Je n’étais pas très sûr de tout ça, et je voulais voir ce que ça donnerait avec cette chanson. Et ça a marché. J’ai réalisé que je suis en fait toujours la même personne qu’au début de notre carrière, même s’il y a eu beaucoup de choses entre-temps, particulièrement dans ma vie privée. Avec cette conclusion, j’ai abordé les autres chansons. Avec la devise : ça marche, donc je continue avec cette approche « retour aux bases » que j’ai expliqué plus tôt.


– C’est pourquoi vous avez choisi Robert ’Mutt’ Lange comme producteur, un des meilleurs producteurs de rock ?

Oui, et c’était un rêve de longue date, car nous avons toujours été de grands fans de son travail. C’est un visionnaire, un homme qui utilise les technologies les plus récentes pour créer de la musique traditionnelle, de qualité, sans bornes. Et cela pour les plus grands noms de l’industrie. Je veux dire, il est à l’origine de ’Back in Black’ dAC/DC, un des meilleurs albums rock de tous les temps, et la musique de mon adolescence. Jusqu’à présent nous n’avions pas osé l’approcher, étant donné qu’il vient d’un autre coin du rock. Nous sommes plus dans l’aspect alternatif, et il fait vraiment plus partie du mainstream.


– Que pense Mutt de votre avis selon lequel « les solos de guitare ne sont pas cools » ?

(rires) Il m’en a tenu mot en effet, la toute première fois que nous nous sommes rencontrés. Il voulait savoir si j’étais sérieux et comment j’en étais arrivé là. J’ai essayé de lui expliquer que je ne me sentais simplement pas à l’aise avec ça, et tous les groupes avec lesquels j’ai grandi – à l’exception d’AC/DC – pensaient de même. Il a secoué la tête à ces mots et m’a lancé le défi à plusieurs reprises d’essayer pendant l’enregistrement. Je ne voulais pas au début, mais j’ai finalement tenté, et en fait c’était marrant. J’ai bien peur d’en être guéri une fois pour toutes.

– Vous serez en tournée à partir du 28 mai avec l’album n°7. Que pouvons-nous attendre des festivals ? Comment pouvez-vous faire mieux que la navette, le robot et les acrobates de 2012-2013 ?
Cette question pend au-dessus de nos têtes comme une épée de Damoclès, nous nous creusons les méninges. Assurément, nous voulons faire quelque chose de nouveau qui va surprendre nos fans, comme la dernière fois. C’est un vrai défi, car nous ne voulons pas tomber dans l’extrême d’une façon démesurée, excessive et risible. Nous ne voulons pas être esclaves de notre propre show et créer quelque chose qui aura toutes les chances de mal tourner, même davantage que par le passé. C’est comme ça : plus c’est grandiloquent et compliqué, plus c’est fragile. Depuis « The Resistance Tour », j’en suis fini avec les systèmes hydrauliques. Je ne veux plus avoir à me tenir sur une plate-forme qui s’élève de plusieurs mètres au-dessus du sol et qui oscille d’une manière dingue. J’en ai assez. Donc on verra ce que ça sera cette fois-ci. Pour l’instant, je peux simplement dire que nous ferons de notre mieux pour créer quelque chose de spécial visuellement. Cela inclura des lasers, des écrans-LCD et des séquences vidéo, mais aussi d’autres choses. Je pense que le mieux est de nous laisser surprendre. Jusqu’à présent – ou du moins je l’espère – nous ne vous avons jamais déçus, n’est-ce pas ?

L’interview a été rédigée en allemand, mais vous pouvez retrouver la traduction anglaise ici.

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